Anne, victime du faux Brad Pitt attaque ses banques pour 830 000 €
L’affaire avait bouleversé l’opinion publique début 2025.
Anne D., une Française de 53 ans révélait dans un reportage télévisé avoir été victime d’un « brouteur » se faisant passer pour Brad Pitt. Manipulée pendant près de deux ans via les réseaux sociaux et des messages privés, elle a perdu 830 000 euros.
En février 2026, l’affaire connaît un nouveau rebondissement : elle attaque désormais ses banques pour manquement à leur devoir de vigilance.
Chez ID Protect, nous avons déjà analysé le phénomène des femmes victimes d’usurpations d’identité et d’arnaques sentimentales. Aujourd’hui, l’affaire d’Anne nous donne l’occasion de revenir sur les droits des victimes dans ces cas d’arnaques.
Découvrons ensemble en détail les dessous de ce retournement.
Rappel des faits : Une arnaque sentimentale amplifiée par les deepfakes
Dans cette affaire, l’escroc s’est fait passer pour l’acteur américain Brad Pitt. Pour convaincre sa victime, il aurait utilisé des montages photo, des faux profils certifiés, des messages personnalisés et surtout des contenus manipulés grâce à l’intelligence artificielle.
On parle ici de :
- Deepfake vidéo
- Deepfake vocal
- Usurpation d’identité numérique
- Faux comptes certifiés
- Arnaque aux sentiments
- Romance scam
- Catfishing
- Manipulation par ingénierie sociale
Toutes ces techniques permettent de créer une illusion extrêmement crédible.
Les escrocs exploitent la notoriété d’une célébrité pour instaurer une relation de confiance, puis invoquent des urgences médicales, des blocages financiers ou des projets humanitaires pour justifier des virements.
Dans le cas d’Anne D., certains virements comportaient des libellés tels que « Opération Mr William Bradley Pitt » ou « transplantation rein William Bradley Pitt Clinic Mayo États-Unis ». Des montants de 35 000 à 59 000 euros ont été versés à plusieurs reprises, pour un total de 18 virements validés.
830 000 euros perdus… et un lourd traumatisme
Au-delà des sommes colossales — 830 000 euros — cette affaire a également exposé la victime à un cyberharcèlement massif après la médiatisation de son témoignage.
Humiliation publique, moqueries sur les réseaux sociaux, commentaires violents : les victimes d’arnaques de ce type subissent une double peine. Elles sont à la fois ruinées financièrement et stigmatisées socialement.
Ces arnaques aux faux Brad Pitt, faux chirurgiens célèbres, faux militaires ou faux influenceurs ne visent pas seulement des personnes isolées ou vulnérables. Elles exploitent des failles émotionnelles universelles : solitude, besoin d’attention, confiance, empathie.
La banque peut-elle être responsable ?
La particularité de cette affaire est le nouveau front judiciaire ouvert en 2026 : la victime poursuit désormais ses banques.
Elle leur reproche un manquement à leur obligation de vigilance. En droit bancaire français, un établissement doit surveiller les opérations atypiques ou suspectes et alerter son client en cas de mouvements inhabituels.
Or, 18 virements pour des montants élevés, accompagnés de libellés particulièrement fantaisistes, ont été validés.
Le débat juridique est complexe :
- Les virements ont été effectués volontairement par la cliente.
- Il ne s’agit pas d’un piratage de carte bancaire.
- L’escroc n’a pas détourné directement les moyens de paiement.
Traditionnellement, dans ce type d’escroquerie sentimentale, la responsabilité de la banque est difficile à engager. Mais certaines jurisprudences ont déjà sanctionné des banques pour défaut de vigilance.
Si les tribunaux reconnaissaient qu’une partie significative des 830 000 euros n’aurait « jamais dû passer le contrôle minimal », cela pourrait marquer un tournant.
Chez ID Protect, nous suivons de près cette évolution. Si demain des victimes d’arnaques sentimentales impliquant des deepfakes et des usurpations d’identité de célébrités peuvent plus facilement se retourner contre leur banque, ce serait un véritable changement de paradigme.
Deepfake et usurpation de célébrités : un danger grand public
Ce dossier dépasse largement le cas d’Anne D. Les escroqueries exploitant l’image de célébrités sont en pleine explosion :
- Faux Elon Musk promettant des investissements en cryptomonnaies
- Faux Emmanuel Macron
- Faux chirurgiens internationaux
- Faux militaires en mission
- Faux acteurs hollywoodiens
- Faux influenceurs certifiés
Grâce à l’intelligence artificielle générative, aux deepfakes vidéo réalistes et aux clonages vocaux, les fraudeurs disposent aujourd’hui d’outils redoutables.
Ces techniques ne menacent pas seulement les stars dont l’image est usurpée. Elles menacent surtout les citoyens ordinaires, qui peuvent perdre leurs économies, leur patrimoine, voire leur stabilité psychologique.
Un enjeu majeur de protection de l’identité
Cette affaire montre que l’usurpation d’identité numérique n’est plus un simple faux profil. Elle peut combiner :
- Intelligence artificielle
- Manipulation psychologique
- Ingénierie sociale
- Mise en scène médicale ou humanitaire
- Pression émotionnelle
Chez ID Protect, nous alertons régulièrement sur ces risques. La protection de l’identité ne concerne pas uniquement les données administratives ; elle concerne aussi l’exposition aux manipulations sophistiquées exploitant l’image publique.
L’issue judiciaire de cette affaire sera déterminante. Si la responsabilité bancaire est reconnue, cela redéfinira les obligations de vigilance face aux arnaques sentimentales de grande ampleur.
En attendant, une réalité demeure : les deepfakes et les usurpations d’identité de célébrités ne sont pas des anecdotes virales. Ce sont des armes numériques capables de détruire des vies.